Idées Nouvelles Europe
Les 6èmes Rencontres européennes de Nice
 

"Au XXIème, notre souveraineté sera réelle si elle est européenne (et donc partagée) ou illusoire si elle est nationale. Je soutiens donc vivement Idées Nouvelles Europe qui travaille à cette prise de conscience par les citoyens européens!"
Dominique Riquet, député européen
Dominique Riquet

"Je souhaite saluer les initiatives et travaux qu’Idées Nouvelles Europe entreprend depuis 20 ans. Sans aucun doute, alors que l'euroscepticisme est de plus en plus présent en France comme en Europe, il est indispensable de communiquer davantage sur l'Europe et de faire – et surtout d'accroître – ce travail vital de pédagogie sur l'Europe. Ce sont des initiatives comme la vôtre qui contribueront à relancer le débat européen, à nouer de nouveaux partenariats, à lancer de nouveaux projets pour faire, comme vous le soulignez très bien, aimer l'Europe. C'est un très beau projet et je me réjouis de votre engagement!"
Nathalie Griesbeck, Députée européenne
Nathalie-Griesbeck

"A l'heure où l'Europe doit faire face à des défis hors du commun : crise financière et économique, crise grecque, crise migratoire, menace de Brexit, menace terroriste, je salue l'action d'Idées Nouvelles Europe qui informe sans relâche tous les publics sur la construction européenne, cet outil puissant pour trouver ensemble des solutions pérennes et préparer un meilleur avenir."
Sylvie Guillaume, vice présidente du parlement européen
Sylvie-Guillaume

"Idées Nouvelles Europe fait partie de ces associations qui rendent accessible au plus grand nombre le débat européen. Vingt ans que vos projet promeuvent et façonnent l'identité européenne. Rendez-vous dans vingt ans pour votre 40e anniversaire. "
Philippe JUVIN, Député européen
Sylvie-Guillaume

Au Théâtre National de Nice

Pour la 6ème année consécutive, l’association Idées Nouvelles Europe a proposé une journée pédagogique à destination des jeunes des Alpes-Maritimes et du Var sous le Haut Patronage de Christian Estrosi Député Maire de Nice, représenté par Muriel Marland-Militello Députée et Patrick Allemand, Premier vice-président du Conseil Régional. Sylvie Guillaume, députée européenne et Nicole Fontaine, ancienne présidente du Parlement européen ont animé les débats

555 personnes dont une majorité de jeunes étaient présents des établissements : l’UFIP -l’ISCAE -l'école Pigier -le lycée des Côteaux de Cannes -le lycée du Parc Impérial de Nice -le lycée Masséna de Nice -le lycée La Providence de Nice -le lycée Don Bosco de Nice -le lycée Mont Saint-Jean d’Antibes -le lycée Leonard de Vinci d’Antibes -le lycée Pierre et Marie Curie de Menton -le lycée International de Valbonne -le lycée Jacques Dolle d’Antibes -le lycée Notre-Dame de Toulon

Sylvie Guillaume, Députée européenne
Comment exercer sa citoyenneté ?
Le traité de Lisbonne est beaucoup vilipendé. Je vous l’accorde, il n’est pas enthousiasmant à bien des égards. Pourtant il contient l’Initiative citoyenne européenne qui est une avancée essentielle pour les droits des Européens. Elle consacre l’émergence d’un nouveau pouvoir législatif au sein des institutions européennes placé entre les mains des citoyens. Aujourd’hui, on ne peut que constater un réel manque d’intérêt des citoyens, en particulier des jeunes vis-à-vis des institutions européennes. En témoigne le taux de participation en berne aux élections européennes : 61% de votants en 1984 contre 43,01% en 2009. Ce nouvel outil permettra aux citoyens européens de devenir des acteurs à part entière de la démocratie européenne en détenant le pouvoir pétitionnaire de législateur au même titre que la Commission a la capacité d’initiative sur les textes mis ensuite aux votes des parlementaires. Le citoyen intervient directement dans le processus législatif en identifiant un sujet pour lequel il estime que l’Europe ne répond pas conformément à la volonté, à l’intérêt général des Européens. Il se met en quête d’une réponse. On pourrait imaginer que si les citoyens veulent un accroissement du budget européen dédié au développement des territoires, une taxe sur les transactions financières ou tout autre demande, une pétition d’un million de personnes pourrait relayer cette demande qui serait obligatoirement enregistrée et étudiée par la Commission qui doit alors y apporter une réponse formelle. Si ce dispositif paraît nébuleux pour l’instant, il s’agit d’une formidable irruption du citoyen dans la vie politique, dans ce qu’il a envie de mener pour lui-même et pour l’Europe.

Pourquoi certains ne se sentent pas citoyens européens ?
Le manque de visibilité des réalisations concrètes est un facteur contrariant le sentiment de faire partie d’un ensemble. Nicole Fontaine, Jacques Delors… sont des grands visages qui ont incarné physiquement l’Europe. Ils ont porté avec conviction le sentiment européen. Nous n’avons plus aujourd’hui à la tête du projet européen de figures incontestables.  

L’évolution de l’Europe ?
L’Europe doit aller vers le fédéralisme. Cette idée a été considérée trop longtemps comme un problème technique, notamment par les technocrates, a été critiquée voire tournée en dérision et détournée de son sens. Pourtant ce système politique est la manière dont on va traduire demain notre vie en commun, une projection pour 500 millions d’individus dans un périmètre loin d’être définitif. Le fédéralisme européen n’est pas un outil figé sur des fonctionnements qui auraient été décidés par les pères fondateurs il y a 60 ans, c’est un engagement qui se construit progressivement en tenant compte aussi des Etats membres hostiles à tout ce qui constituerait une armature commune et signifierait un abandon partiel de souveraineté. Pour M.Cameron ce système, c’est « no ! ». Pourtant, c’est la chance de l’Europe. Il faut définir un périmètre, savoir ce que l’on veut mettre en commun (les impôts, la recherche…). C’est par des décisions concrètes qu’on fédèrera les peuples d’Europe.

Pourquoi a-t-on crée prioritairement une Europe économique ?
Parce que l’on sortait d’une guerre qui avait détruit l’ensemble du continent, qu’il fallait reconstruire, trouver des matières premières. Les pionniers ont privilégié l’échange de marchandises plutôt que le vivre ensemble des Européens. Aujourd’hui, nous avons d’autres systèmes de référence (le social, l’environnemental) qui sont complémentaires à cet espace économique.

Comment fédérer concrètement les Etats européens ?
Actuellement la Commission et le Parlement européens sont inertes alors qu’ils ont une responsabilité fondamentale dans la manière de gérer les affaires européennes. La Commission est timide, les parlementaires inaudibles. Certains d’entre nous ramons dans le désert depuis des années pour « promotionner » l’idée de créer des Eurobonds et autres outils de régulation. Ces propositions ont été marginalisées. Comment fédérer des Etats qui ne le souhaitent pas ? Une Commission dont ce n’est pas la mission ? Il faut exiger maintenant une Europe des preuves, sur l’impact des décisions européennes dans la vie de tous les jours, dans l’emploi, la formation, l’inclusion sociale et professionnelle, les droits des consommateurs, la protection des individus, des enfants… C’est par cette Europe des preuves qu’on donnera envie de déférer les Etats.

Peut-on encore parler d’Europe unifiée avec la crise grecque ?
Avec les soubresauts de la crise économique et l’impact des agences notation sur la vie quotidienne de l’Europe, ce que l’on craignait de la construction d’une Europe à plusieurs vitesses est en train de se matérialiser. C’était déjà objectivement le cas avec des Etats qui ont choisi de ne pas intégrer la zone euro. Certains pays vont être à l’avant garde. Nous vivons un recul de l’Europe solidaire qui a permis d’arrimer des pays en demande d’intégration à l’Europe. Quant à la Grèce, je ne pense pas qu’elle sorte de la zone euro car cela aggraverait ses difficultés et entraînerait une forte dévaluation. La sortie de l’Europe est envisagée par certains Etats membres mais ce serait un signe de faiblesse important pour la structure européenne et pour l’Etat membre concerné.

L’Euro et l’Europe peuvent-ils disparaître ?
C’est un scénario envisageable mais que je refuse. Il est dangereux car il correspondrait à une dévaluation, à la remise en cause de la balance commerciale de chaque pays. Il faut agir pour maintenir notre cohérence économique. Pendant plusieurs années, l’euro a été un facteur de stabilité. Des économistes britanniques proposent moins de solidarité et moins de partage ce qui est contraire à l’esprit européen : les plus riches aident les plus pauvres à franchir les étapes… L’Europe non plus ne va pas être démantelée : elle s’est construite sur des crises successives, elle constitue le plus beau challenge collectif de notre continent. Construire une identité commune à partir de siècles d’errance, de guerres, de conflits, est un enjeu incroyable pour la paix et la prospérité. Il faut être résolument optimiste.

Pourquoi poursuivre l’intégration de nouveaux Etats ?
L’intégration n’est pas un processus aléatoire. Les pays candidats font des efforts pour se mettre au niveau de l’acquis communautaire. La Croatie rejoindra l’Europe en juillet 2013, il faut s’en réjouir. Intégrer des pays qui connaissent une faiblesse économique est un pari qui a toujours été gagné à moyen terme en profitant à l’ensemble de la communauté. L’Espagne était considéré comme un pays de seconde zone avant son entrée dans l’UE puis a connu un développement exceptionnel puis à nouveau une chute avec la crise…

Que pensez-vous du projet d’Union pour la Méditerranée ?
Ce ne sont pas les Révolutions arabes qui expliquent le demi échec de ce projet. Il était davantage motivé par la volonté de conclure des accords commerciaux que de montrer le rayonnement d’une vie culturelle commune. Cette dimension d’un lien affectif n’était pas suffisamment prise en compte. Donnons à ce projet du contenu culturel et politique (autour des valeurs démocratiques) pour renforcer les liens qui unissent ce bassin de vie.

La BCE baisse ses taux, le marché a réagit négativement. Comment faire pour retourner la situation ?
Les sommets européens s’essaient à donner le change aux marchés mais face à des courants divergents, l’image de solidité que nous souhaiterions transmettre n’est pas la bonne. Ce sont des outils et des méthodes à mettre en place : renforcer le rôle de la BCE en soutien aux économies des Etats membres (ce n’est pas prévu par les Traités), de créer des Eurobonds en mutualisant les dettes des Etats, instaurer une fédération d’Etats avec un budget conséquent…

Pourquoi avons-nous l’impression que l’Europe est essentiellement dirigée par le couple franco-allemand ?
On a le sentiment de l’existence d’un directoire qui a intégré le fait que l’Europe se résume au seul moteur franco-allemand. Cette situation est mal vécue par les autres partenaires européens au plus haut niveau mais aussi par les citoyens. Les citoyens sont-ils consultés sur les options prises ? M.Papandreou a souhaité organiser un référendum sur le plan d’austérité imposé par l’Europe et visant à rassurer les marchés. N’était-il pas légitime que ce responsable veuille savoir si ce plan pouvait aussi rassurer les citoyens ? Je suis méfiante à l’égard de ce moteur qui, en temps normal de fonctionnement routinier, a évidemment son importance car ce sont deux grandes puissances économiques mais dans la situation actuelle il ne peut décider seul quand l’expression de la démocratie est mise en cause.

Comment l’UE première puissance économique mondiale peut rencontrer autant de difficultés face à quelques agences de notation américaines indépendantes et pourquoi demander l’aide financière à des pays émergents ?
L’image que donne l’Europe au reste du monde n’est pas excellente et le doit essentiellement au diktat des agences de notation. Dans le contexte de crise économique internationale, personne ne souhaite dévaloriser l’image de l’Europe mais cette soumission aux agences est extrêmement délicate à gérer. Le citoyen a découvert le pouvoir de ces agences à la faveur de la crise. Plus les Etats réagissent, plus ces agences prennent de l’importance sur les faits politiques et économiques. Il faut réussir à réguler leur activité en créant une agence européenne de notation qui soit au cœur du dispositif économique européen et son point d’équilibre.

Un message aux jeunes Européens réunis ce matin ?
Bougez ! Confrontez vos cultures, vos points de vue… Profitez de cette liberté de mobilité pour rencontrer les autres.

Nicole Fontaine, présidente du Parlement européen de 1999 à 2002
Comment avez-vous vécu l’arrivée de l’euro ?
En ce dixième anniversaire de l’entrée en vigueur pour les citoyens de la monnaie unique, j’éprouve des sentiments multiples. Tout d’abord, un souvenir personnel : en ce premier janvier 2002, en tant que Présidente du Parlement européen, les membre de mon cabinet ont la judicieuse idée de me proposer le 31 décembre à minuit d’aller retirer le premier billet en euro à un distributeur bancaire. On choisit une banque. On mobilise les informaticiens pour s’assurer de la réussite de l’opération. Très heureuse de cette distinction, j’arrive avec une horde de journalistes et photographes pour capter la première image. J’introduit ma carte et un message s’affiche : « cette machine ne fonctionne pas ». C’est un grand moment de solitude. J’affiche un humour de façade en déclarant : « j’espère que l’euro marchera mieux ». « Réessayez madame la Présidente » me propose mon entourage. J’introduis à nouveau la carte et relit le même message d’erreur. A ce moment là, les journalistes voient apparaître un grand jeune homme en gaieté, agitant des billets en euros. Ils se ruent vers lui en lui proposant de me donner les billets. Je m’approche de lui en lui demandant où il a trouvé ces billets. « A la banque plus haut » me répond-il. Nous voilà parti en retrouvant le sourire. Je n’ai jamais revu les informaticiens de la banque concernée mais j’imagine qu’ils ont du éprouver une grande frustration. De façon plus sérieuse, je voudrais rappeler les réalités historiques de l’arrivée de l’euro, importantes pour mieux comprendre le débat d’aujourd’hui. L’idée d’une monnaie unique en Europe a germé avec la création du SME crée par Giscard D’Estaing et Schmidt. On a compris que dans la perspective de la réunification des deux Allemagne, il était nécessaire de renforcer la construction européenne. François Mitterand a voulu assortir cette réunification d’un acte fort, le chancelier Kohl, grand européen déclarant : « la réunification de l’Allemagne et l’intégration européenne sont les deux faces d’une même médaille ». Nous devons avoir à l’esprit le sacrifice douloureux que représente l’abandon du Mark pour les Allemands, symbole de la résurrection économique, de l’absence d’inflation…Les positions de Mme Merkel traduisent ces sentiments très prégnants de l’opinion allemande. En contre partie, les Allemands ont exigé la naissance d’une banque centrale européenne indépendante des gouvernements des Etats membres, dont le seul rôle consiste à surveiller l’inflation et la définition de critères rigoureux qui seront approuvés avec le traité de Maastricht (un déficit public inférieur à 3% du PIB et une dette publique au-dessous de 60% du PIB). La monnaie a vu le jour en 1992 après un vote positif des Français consultés par voie référendaire.

L’euro et la citoyenneté européenne sont-ils liés ?
Juridiquement, non, il n’y a pas de lien indissociable. La preuve : 10 pays sont membres de l’Union mais pas de la zone euro. Le fait de partager la même monnaie constitue un puissant vecteur d’identité européenne. Je l’ai constaté en parcourant des marchés italiens, espagnols et en discutant avec les citoyens européens.

Que vous inspire la défiance actuelle vis-à-vis de l’euro ?
Je suis triste de constater la tendance actuelle qui consiste à adresser à l’euro des reproches injustifiés. L’euro a mis fin aux dévaluations sauvages qui ruinaient des pans entiers de nos économies notamment dans les régions transfrontalières. L’euro a été un formidable bouclier contre les chocs financiers en maintenant l’inflation très basse et permettant d’emprunter à des taux supportables. L’euro a permis de diminuer les prix des matières premières, d’encourager le commerce intra européen… En mon âme et conscience, je le clame : le retour aux monnaies nationales serait un désastre car cela détruirait cette belle idée de construction européenne que nous portons tous ensemble et impacterait très négativement sur nos économies. Le fait de créer une monnaie unique valable pour des pays à très forte disparité économique, sans avoir simultanément prévu des procédures adéquates relevait de la gageure. On n’a pas osé prévoir une convergence de nos politiques budgétaires. On paie cette lacune au prix fort. Il ne s’agit pas d’une crise de l’euro. Cette crise a débuté en 2002 aux Etat-Unis avec les subprimes et la chute de la fameuse banque Lheman Brothers que l’état fédéral n’a pas soutenu. Puis ce fut l’engrenage : la crise financière devient économique, sociale, les Etats sont écrasés par les déficits. Arrive enfin la crise de la dette avec le constat terrible que nous avons tous vécu au-dessus de nos moyens en empruntant sans avoir la capacité de rembourser ni le coût du prêt ni le capital. Les critères de Maastricht ont volé en éclat, nos pays sont entre 80 et 150% de dette publique par rapport à leur PIB. Les citoyens ont bien conscience que le chacun pour soi serait désastreux et que finalement nous avons peut-être, si on sait en saisir la chance, une grande opportunité pour la construction européenne. Nous sommes à la croisée des chemins : la dissolution de l’Union ou son renforcement. Je souhaite ardemment que l’Europe poursuive sa construction pour notre jeunesse, pour ce qu’elle apporte d’enthousiasme et de promesse d’avenir.

Dans les sketches, les jeunes parlent de mondialisation, d’élargissement à 28 avec la Croatie… dans quelle direction l’Europe doit-elle évoluer ?
Les élargissements de 2004 et 2007 ont contribué à brouiller le message. Il n’a pas été suffisamment expliqué aux populations que nous n’élargissions pas l’Europe mais que nous tentions de réunifier la grande famille politique séparée par les avatars de la guerre avec des pays qui appartiennent incontestablement à une même réalité économique, géographique, historique et culturelle. Une pause dans l’élargissement est-elle nécessaire pour rassurer nos populations ? Ne faudrait-il pas plutôt conforter l’existant ?

« Jeunesse en mouvement », « Europe pour tous »… la mobilité est une priorité pour atteindre les objectifs de « Europe 2020 ». Si vous aviez un message ultime à livrer à nos jeunes ?
L’amplification de la mobilité en Europe à laquelle nous avons beaucoup travaillé dans les années 80 sous l’impulsion de Jacques Delors est considérée comme un des succès de la politique communautaire. L’avenir professionnel des jeunes se situe au-delà des frontières nationales. Celui qui a la chance d’intégrer dans son cursus scolaire, professionnel ou universitaire, une ou plusieurs périodes de mobilité accroît ses chances d’insertion. Les députés européens ont toujours défendu l’accroissement des crédits des programmes de mobilité, souvent en forçant la volonté des Etats. Les collectivités territoriales sont également mises à contribution pour abonder les bourses de mobilité, ce qui est une bonne chose. J’ai la conviction que cette mobilité communautaire apporte une dimension indispensable à l’exercice de la citoyenneté européenne au même titre que la maîtrise d’une ou plusieurs langues non maternelles ou la connaissance du droit communautaire qui occupe une place de plus en plus importante dans le fonctionnement des entreprises au sein desquelles vous serez peut-être appelés à exercer votre talent professionnel. Cette Europe reste un grand projet enthousiasmant, une grande cause et je cite volontiers une phrase prémonitoire de Jean Monnet : « l’Europe se fera dans les crises et elle sera la somme des solutions apportées à ces crises » (Mémoires, 1976). Il nous faut demeurer dans l’optimisme européen.

Patrick Allemand, premier vice-président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur en charge des affaires internationales et européennes
L’Europe est beaucoup plus présente dans notre quotidien qu’on ne veut l’imaginer. C’est votre génération qui va construire la nouvelle Europe, celle que vos aînés n’ont pas réussi à construire, l’Europe des citoyens. On a réussi l’Europe des peuples avec l’objectif de maintenir la paix, on construit –mais à quel prix-l’Europe économique, on est encore loin de l’Europe sociale et citoyenne. Cela peut vous paraître abstrait mais trois quart des lois françaises sont « corsetées » par des règlements et directives européennes. C’est dire à quel point l’Europe est présente et pourquoi il est essentiel d’aller voter aux élections européennes pour renverser la tendance abstentionniste actuelle. Les collectivités territoriales ont beaucoup de relations avec l’Europe. D’abord pour des raisons budgétaires mais aussi pour renforcer des partenariats. L’Europe est l’institution qui reconnaît le mieux le rôle des régions considérées comme un interlocuteur privilégié car échelon pertinent pour la mise en œuvre des grandes politiques structurelles. Toutes les régions européennes sont représentées au Comité des Régions. L’Europe construit sa vision, aménage son territoire et notre région souhaite s’inscrire dans cette dynamique de grands projets. Ces projets renforcent les échanges de demain. Par exemple, notre région souhaite intégrer le projet de Réseau des transports européens pour financer les futures lignes de transports publics. Le grand axe de transport européen Lisbonne-Kiev conditionnera le développement économique des régions desservies. Provence-Alpes-Côte d’Azur espère intégrer ce projet pour devenir une « grande région » d’avenir dans l’axe Barcelonne-Gênes, l’Arc Méditerranéen. La Région est également autorité de gestion de programmes européens. Par exemple, ces programmes concernent l’insertion professionnelle (Fonds social européen), le développement régional (le Feder a notamment permis les travaux de rénovation du Chemin de fer de Provence, estimés à hauteur de 30 millions, que nous n’aurions pas réalisé sans cette aide de 10 millions d’euros) ou l’agriculture. Quant aux programmes interrégionaux ou transfrontaliers bénéficiant d’aides européennes, ils impliquent notre région, le Piémont et la Ligurie dans les secteurs culturels, touristiques, économiques, environnementaux. Enfin, la Région travaille sur une nouvelle compétence transférée par l’Etat : la coopération décentralisée, en réalisant des accords bilatéraux et multilatéraux en impliquant d’autres régions. L’Europe complète l’effort financier consentit par nos régions. Par exemple, nous avons développé un partenariat Catalogne-Toscane-Provence Alpes Côte d’Azur avec le gouvernorat de Kasserine, une province pauvre du centre de la Tunisie bénéficiant d’une dotation européenne conséquente rendant notre intervention visible et puissante. Ces relations de la collectivité avec l’Europe demeurent difficiles car le pouvoir européen est technocratique. Monter un dossier européen nécessite d’abord pour le candidat de répondre à des critères d’éligibilité, de posséder une grande spécialisation (c’est un métier d’avenir), d’organiser un contrôle rigoureux des fonds alloués… Contrairement à ce que l’on peut imaginer et ce qu’il faut retenir c’est, d’une part que les relations établies entre les collectivités territoriales et l’Europe sont primordiales et se renforcent et d’autre part, que l’Europe vécu au quotidien est notre avenir.
Muriel Marland-Militello, Députée, adjointe au Maire de Nice, siège au Conseil de l'Europe
Qu’est-ce qu’un citoyen européen ? …N’écoutez pas les discours politiques. Faites-vous votre propre opinion. Regardez ce qui se passe dans le bassin méditerranéen. … Première approche : nous sommes un des berceaux de la culture européenne gréco-latine, judéo-chrétienne… vous êtes façonnés inconsciemment par cette culture... Nourrissez-vous d’elle. Ne dites pas « je suis fier d’être européen » mais plutôt « est-ce que je suis heureux d’être européen » ? La fierté est toujours un sentiment un peu méprisant pour tous ceux qui ne le sont pas mais le bonheur est quelque chose qui se partage, la fierté ne se partage pas forcément. Naviguez sur internet, cliquez sur l’Europe pour découvrir cette Méditerranée. Seconde approche : il faut cultiver les langues. On est un pays où les langues ne sont pas enseignées comme elles le devraient. Au Conseil de l’Europe, quand je vois les jeunes allemands, les scandinaves, les russes… avec quelle facilité ils manient les langues étrangères… vous voulez avoir un avenir dans la France européenne ? Commencez par connaître … l’anglais. C’est la base de votre avenir professionnel et culturel pour ceux qui s’investissent dans les Arts. Pour être performant et compétitif, faites une seconde langue et maîtrisez-la. Pas seulement en sachant lire Shakespeare…, apprenez le langage courant, moderne, scientifique... C’est fondamental. Avant d’être pleinement citoyen, renseignez-vous sur le fonctionnement des institutions… Le citoyen est quelqu’un qui vote en connaissance de cause, qui respecte le droit et qui a aussi des devoirs. Soyez libre d’esprit pour voter. Mesurez la chance que nous soyons en démocratie. La France peut être le pays moteur des droits de l’homme… Profitez, jeunes, de toutes les opportunités que vous apporte l’Europe. N’écoutez pas les vieux grincheux qui vous disent que l’Europe coûte cher à la France. C’est faux. L’Europe rapporte plus d’argent à la France qu’elle n’en coûte. Profitez d’Erasmus. Erasmus, c’est génial. Cela permet de voir comment les autres vivent et étudient, de communiquer ce que vous êtes et de vous enrichir des expériences des autres. Enrichissez-vous de la culture des autres. La culture est le plus court chemin d’un homme à un autre et bien ce sera le plus court chemin de vous-même avec les autres jeunes. Vous êtes nés au bon moment. Vous êtes au moment d’une construction finalisée de l’Europe. Faites valoir votre savoir faire et enrichissez-vous du savoir faire des autres. Je voulais vous communiquer ma passion pour l’Europe qui correspond à ma passion pour la jeunesse. Nous sommes votre présent. Vous êtes notre avenir alors… profitez-en !
Jean Léonetti, Ministre chargé des Affaires européennes
Jean Léonetti, Ministre chargé des Affaires européennes était attendu aux 6ièmes Rencontres européennes de Nice mais l’actualité a exigé sa présence à Bruxelles pour signer le Traité d’adhésion de la Croatie à l’Union européenne. Il a adressé un message aux lycéens lu par Lilia Parisot, déléguée académique à l’éducation aux médias d’information

« Je ne peux malheureusement pas être parmi vous aujourd’hui, mais je suis certain que vous saurez me pardonner. Je suis en effet actuellement à Bruxelles pour signer le Traité d’adhésion de la Croatie à l’Union européenne. Je remercie d’ailleurs Nicole Fontaine qui a accepté de me remplacer à la dernière minute afin d’échanger avec vous sur le projet européen. L’Europe rassemblera bientôt vingt-huit Etats, vingt-huit peuples et je crois que nous avons toutes les raisons de nous en réjouir. La Croatie représente le modèle d’un élargissement exigeant et généreux, à l’image de l’Europe d’aujourd’hui. L’Europe d’aujourd’hui et l’Europe de demain reposent sur cet équilibre entre exigence et générosité, entre discipline et solidarité. Vous célébrez aujourd’hui l’euro, cette monnaie commune que nous avons le bonheur de partager depuis 10 ans. Les bénéfices que nous en tirons sont multiples, ils sont inestimables. Bénéfices économiques d’abord. L’euro facilite nos échanges commerciaux à l’intérieur d’un large espace où nous réalisons la majorité de nos importations et de nos exportations. L’euro nous permet également de bénéficier de taux d’intérêt bas depuis dix ans. Il faut rappeler que la France emprunte aujourd’hui à un taux beaucoup plus faible qu’il y a vingt ans de cela. Bénéfices pratiques. Nos enfants ne se rappellent plus cette époque où, lorsque l’on partait faire le tour de l’Europe, il fallait, non seulement montrer son passeport à chaque poste de douane, mais également se rendre au bureau de change pour troquer nos francs contre des marks, pesos et autres lires. Tant mieux. En rendant naturel et évident le passage des frontières, c’est l’identité européenne que nous construisons. Car l’euro a une immense portée symbolique. La monnaie est un symbole fort de l’appartenance à une même communauté. Communauté marchande, mais aussi communauté de destin. En partageant notre monnaie, nous nous témoignons une confiance mutuelle. Cette confiance est aussi le ferment de la citoyenneté européenne. Cette citoyenneté est née avec Maastricht en 1992 et elle n’a cessé de croître depuis. Elle puise ses racines dans notre sentiment de partager une histoire commune, des valeurs communes et un avenir commun. Elle s’étend grâce à cette monnaie commune, mais aussi grâce à la mobilité de notre jeunesse. Depuis 1987, Erasmus a permis à 2 millions de jeunes européens de découvrir un pays nouveau, si proche et si loin. Grâce à Erasmus, mais aussi au programme Da Vinci, ces jeunes ont découvert avec bonheur et curiosité de nouvelles langues, de nouvelles coutumes, des architectures jusqu’ici inconnues ; mais ils savaient également, sans le moindre doute, qu’ils étaient chez eux, en Europe. Ce sentiment d’appartenance commune se développe également dans le cadre des jumelages. Nicole Fontaine le sait bien, elle qui a été l’instigatrice des premiers financements de l’UE destinés aux activités de jumelage. Ce sentiment de bien-être et de familiarité est extrêmement précieux. En agissant quotidiennement pour l’Europe comme vous le faites, …, comme je le fais également, nous nous assurons que ce trésor qu’est l’identité européenne perdure et se renforce chaque jour. L’aventure est encore longue, elle est parsemée d’embûches, mais elle est belle et elle en vaut la peine. En construisant l’Europe, nous poursuivons le défi incroyablement ambitieux de nos pères, nous menons un projet unique au monde et nous offrons à nos enfants un futur meilleur ».

 
"Préjugés de comptoirs sur l'Europe"
4 vidéos réalisées par les étudiants de l'UFIP de Nice

 

Le programme

 

Muriel Marland-Militello, Députée, adjointe au Maire de Nice et Fabrice Lachenmaier
Patrick Allemand, Premier vice-président du Conseil Régional

Sylvie Guillaume, Députée européenne
Nicole Fontaine, Présidente du Parlement européen de 1999 à 2002

 

Ce qu'en disent les médias
L'Europe des jeunes au théâtre de Nice
Extrait du quizz du Lycée des Côteaux de Cannes
6èmes Rencontres européennes de Nice
 N°28 réalisé dans le cadre de ce projet
 
Association Idées Nouvelles Europe JO N° 11 du 13 Mars 1996 N°de siret 424 599 587 000 21
75, route d'Aiglun 06910 Le Mas France